lundi 2 août 2010

semaine 17: le spectacle de magie

Début de la semaine: je reçois un email de la compagnie La Tribu, où je travaille, qui me dit '' billets gratuits ce jeudi ou ce vendredi pour aller voir Gary Kurtz à l'Étoile du quartier 10-30, valable pour deux personnes''.  J'appelle illico mon ami Christian et je lui demande s'il veut bien venir avec moi; il accepte.  J'envois donc un message qui dit ''Mitche veut y aller jeudi avec un ami'' et paf, j'ai mes billets.

Mardi soir: Karine et moi sommes allées voir l'OSM au parc Maisonneuve, et comme on voulait pas se faire arrêter pour boisson dans un parc, on s'est acheté de la bonne Molson Dry en canette (ça se cache mieux et ça ne brise pas - aucun rapport avec l'arrestation possible) et trois limes (j'aime la lime, bon!).  C'était pas pire, mais Luck Merville est venu tout gâcher en chantant en créole par dessus l'orchestre symphonique, et des p'tits culs me gossaient en arrachant tout le gazon à côté de moi.  Puis on a marché jusqu'au parc Lafontaine pour continuer à boire nos bières en canette et rejoindre d'autres amis dont mon ami Christian (et là vous vous dites c'est quoi l'ostie de rapport avec le spectacle de magie: ça s'en vient, ça s'en vient).  Et on jasait en buvant nos canettes limettes quand on s'est rendu compte qu'il y avait deux personnes sous un conifère à environ dix mètres de nous qui étaient en train de baiser.

- Hé hoo, c'parce qu'on vous voit, là! on criait.

Rien à faire, ils étaient dans leur bulle.  J'ai sorti mon appareil photo et Karine est allée prendre une photo à environ trois mètres d'eux.  Elle est revenue, on a regardé la photo en barissant, et environ dix minutes plus tard, on a entendu:

- RAAARGH! Quissé qui pose?

c'est beau, l'amour.
Le mec qui, vraisembleblement, avait arrêté de baiser sa nana, tout plein de sang dans la face, sa ceinture dans la main avec le bout de métal qui pendouillait, nous regardait avec de la folie dans les yeux.  Je suis restée assise, je le trouvais un peu inoffensif; il chancelait sur ses deux jambes.

- QUISSÉ QUI POSE, tabarnak?!

- C'est pas nous! on a dit en cachant l'appareil photo.

Et il a lancé sa ceinture contre l'arbre.  Un gardien de sécurité un peu plus loin s'est mit à crier en flashant sa lampe de poche:

- Hé! Y'a tu un problème, là bas?

- C'est sa flashlight que t'as vu, mon homme, c'est pas nous qui pose! on a dit au gars fou.

Il a hésité et s'est finalement dirigé vers le gardien en titubant et s'est mit à le fesser avec sa ceinture; le pauvre gardien est allé se cacher derrière une grille.  C'est à ce moment qu'on a décidé de quitter les lieux.

Et là on s'est mis à rigoler en se disant que quand Christian et moi serions au spectacle de Gary Kurtz, si ce dernier allait demander au public de monter sur la scène pour être cobayes de tours de magie, on allait y aller, et Christian allait me demander en mariage, et moi je devrais dire ''NON!'' et partir en courant en coulisses, la face cachée dans les mains, et lui devrait se mettre à pleurer.  Juste pour fucker le show à Gary.  On s'est même pratiqués et tout.  C'était drôle. (il est là le rapport... hehe)

Jeudi soir.  Je vais chercher Christian chez lui et on roule jusqu'au Quartier 10-30.  On arrive pile-poil à l'heure, je vais chercher mes billets et on va s'asseoir.  L'horreur: on était à la dernière rangée.  Comment se faire choisir par Gary si on est à la dernière rangée?...

bon, je sais, photo poche.
Le spectacle débute.  Il commence à parler: il a un accent très prononcé mais on arrive à le comprendre quand même, et il respire extrêmement fort dans son micro attaché à son oreille; ça, ça m'écoeure.  Il commence par faire un tour de carte, comme tout bon magicien.  Évidemment, il le réussit, et le gars assis en avant de nous ne peut s'empêcher de dire ''heeen! taaabarnak!''

- Franchement! Il a juste fait un jeu de cartes! Les gens sont surpris qu'il le réussisse... c'parce que y'aurait juste pas de show, sinon! s'insurge Christian.

Presque dans tous ses tours, Gary demande l'aide du public, évidemment, c'est un mentaliste.  Je lève ma main à chaque fois en criant ''moi! moi!''... il y a même un moment ou il demande l'aide d'un couple.  Je regarde Christian pleine d'espoir:

- C'est notre moment de briller! je lui dit.

- Il va se rendre compte qu'on est pas un couple!

- On s'en fout! Aller!

Peine perdue.  C'est une fille qui s'appelle Ruth avec son chum Thomas qui y va.  Et elle a dit son nom bien fort dans le micro, presque aggressivement, en roulant bien son R, de la même manière qu'un narrateur dans une émission sur les animaux: ''les lions sont en période de RUT...'' On l'a bien ri; Gary aussi.  D'ailleurs, pendant son spectacle, les allusions sexuelles sont très présentes.  On en revenait pas, il y avait plein d'enfants en âge de comprendre tout ça.

Il a fait un tour avec six oeufs durs et un oeuf frais, il devait deviner les oeufs durs et se les écraser dans le front.  Il ne l'a pas eu.  L'avant dernier oeuf qu'il s'est aplati sur le crâne a coulé.  Puis l'autre tour d'après, c'était avec des batteries de voiture, mais elles étaient vides.  Donc on l'a pas vu.  On a vu les batteries, et Gary qui essayait de les faire marcher.  Malaise...

le tour du dessin
Pendant l'entracte, il y avait du Enya qui jouait: c'était ben bon, on aime ça du Enya, ça fait ésotérique.  Quand le spectacle a recommencé, on a vu des sièges libres plus près de la scène, mais quand même dans le fond: on est allé s'y asseoir. Puis est venu le tour que j'aurais tué mon premier bébé pour y aller: les gens qui ont été choisi devait dessiner des dessins dans une boite, bien cachés, et Gary devait, par sa force mentale, dessiner la même chose devant tout le public.  J'aurais trop dessiné une vieille madame toute nue.  Christian lui, aurait dessiné un énorme pénis.  Tant qu'à être là... aussi bien rigoler.  Évidemment, la fille a dessiné des collines et un soleil levant, avec des nuages et une fleur.  Poche, poche, poche.

Gary est fort en maths.


Puis il a fait monter trois personnes sur la scène: une devait écrire un prénom, l'autre un numéro (la fille a écrit 69! quand ils ont levé le rideau, elle était toute rouge, on le voyait même du fond de la salle) et la troisième une qualité, le tout caché derrière des rideaux.  Puis une quatrième personne se faisait dire secrètement ce qu'il y avait d'écrit sur les tableaux, et elle devait se répéter sans arrêt la dite chose dans sa tête, pour que Gary transmette la donnée par son mental à une personne du public.  Depuis le début, on se disait que chaque personne qu'il avait choisi était de connivence, jusqu'au moment où il a demandé à un de mes collègues de travail de participer.  Là je comprends plus.  Les Carrie existent pour vrai, donc (pas Carrie de Sex and the City là, Carrie de Stephen King).  Bref, je ne suis jamais montée sur la scène.  C'est une énorme déception pour moi; je voulais vraiment y aller.  Je m'étais habillée toute belle et tout. Pfff.

ésotérique time
En conclusion, je suis heureuse de vous transcrire une partie du poème que Gary a écrit, et chanté en slang en finale du spectacle, vous allez voir, c'est beau:
Le Monde selon Kurtz:
La vie... La vie est un voyage... (...)
Je suis moi, je suis vous, vous êtes moi, et nous sommes lui,
Lui, c'est l'univers, et tous ensemble, nous sommes
la preuve vivante du processus sans fin de l'évolution.
Nous sommes tous perpétuellement en évolution!





Christian et moi, mentalistes.



mardi 27 juillet 2010

semaine 16: la lutte

le ring.

L'activité de cette semaine est tellement trash que ça la rend presque jolie.  Je suis allée voir de la lutte amateur dans un sous sol d'église dans Centre Sud, limite Hochelaga, avec mon amie Cloé et son petit frère de 11 ans qui habite en France, en vacances au Québec et qui n'avait jamais vu ça auparavant.  Du catch, comme on dit en bon français.

Ce n'est pas la première fois que je vais voir de la lutte amateure: j'y étais déjà allée avec mon amie Karine en 2006 environ; on avait vu une pancarte devant l'église de notre quartier du temps qui disait ''lutte féminine ce vendredi 20h, 8$''.  Toutes excitées et surtout pauvres, on avait sorti de notre coffre de costumes nos complet-jupes longues avec malettes et lunettes de secrétaire et essayé d'entrer gratuitement en clamant haut et fort qu'on était venues de loin pour chercher de nouvelles têtes pour notre équipe de lutte féminine olympique.  Sans succès.  On avait dû payer le 8$ et faire semblant pendant toute la soirée qu'on était vraiment intéressées à ce qui se passait sur le ring.

Cette fois ci, je savais dans quoi je m'embarquais et prévu de payer environ 10$.   Joie et consternation: les prix de la lutte ont chutés; c'est rendu 5$!  Comme quoi que y'a pas tout dans la vie qui augmente.

Je suis arrivée un peu en retard et lorsque je suis entrée dans le sous sol de l'église coin Fullum et Ste Catherine, c'était des filles qui se battaient.  En donnant mon 5$, j'ai demandé à la femme qui me faisait payer:

- Est ce que c'est juste des lutteuses ce soir?

un costume de lutteur vu de proche.
- Non, juste ce combat là, après, c'est des gars, m'a-t-elle craché dans l'oreille.

Je suis donc allé rejoindre mon amie Cloé et son petit frère et j'ai regardé autour de moi.  C'était rempli d'enfants de tous âges, des bébés naissants (dont une connasse insouciante qui avait l'air d'avoir un bébé vieux de deux semaines, plantée devant l'énorme haut-parleur qui crachait environ 150 décibels de musique rock poche; moi même j'aurais aimé avoir des bouchons tellement que c'était fort et en plus j'étais à l'autre bout de la salle) des grand-mères, bref, une belle sortie familiale du vendredi soir.  J'ai regardé ensuite les deux filles qui se battaient sur le ring: l'une d'elles avait un pantalon qui était écrit 'Sweet Cherry'' sur son cul, et elles se donnaient de grosses claques bruyantes sur les seins.  À un moment, ''Sweet Cherry'' a empoigné le vagin de son adversaire par derrière et l'a soulevée dans les airs pour ensuite la lancer de toutes ses forces par terre.  La célèbre prise du vagin: j'ai pu alors apercevoir leur tramp stamp: c'était de toute beauté (voir semaine 1: les danseuses nues).  L'arbitre était obèse (même les rayures verticales ne lui faisait aucun bien) et aucunement convaincant dans son rôle; leur jeu d'acteur était affreusement nul.  Il y avait un petit enfant d'environ quatre ans devant le ring, la face déformée par la rage et les deux majeurs bien levés vers le ciel, il m'a convaincu de sortir mon appareil photo.  Alors j'étais là, à prendre des photos de la bataille quand un mec de la sécurité est venu me voir:

les lutteuses.

- Euh, scuse, t'as pas le droit de prendre des photos.

- Pourquoi donc? je lui ai demandé, surprise, parce que il y avait environ trois personnes qui tournaient autour du ring en prenant des photos.

- C'est Stéphane qui veut pas, t'as pas d'autorisation de Stéphane.

- Ok, c'est qui, Stéphane?  Je peux lui parler?

Pccchtt.  Comme si j'allais passer à côté de cette activité sans photos.  Non mais.  Il m'a dit qu'il allait me le chercher et d'attendre là.  

fuck you!

- Ostie de gang de pourris! Awèye, frappe lé, kaliss de tapette! a hurlé la madame du casse croûte.

- Hé ho, calme toé, là, lui a dit un gros bonhomme qui aurait pu passer pour un joueur de guitare dans un groupe de heavy metal.  Il s'est retourné vers moi en me tendant la main.

- Stéphane? j'ai demandé.

- Oui! m'a-t-il dit en m'empoignant la main un peu trop fortement.

- Salut, je m'appelle Catherine Perreault Lessard et je suis venue écrire un article sur la lutte amateur pour notre magazine Urbania, et je me demandais si je pouvais prendre des photos? je lui demande avec mon plus beau sourire.

et paf.

Il faut ce qu'il faut, un petit mensonge blanc, ça ne fait pas de mal à personne.

- Urban... quoi?  C'est quoi, ça?

- C'est un magazine qui divertit, informe et propose des sorties urbaines, il y a aussi un site internet où il y a des blogues, c'est très divertissant, on parle de tout et de rien, de la ville, de ses habitants, et plus encore, j'ai dit en cachant mon petit calepin où j'avais écrit ''madames rushantes et ballonnées toutes excitées''.

- Ok, ben ouain, je vois pas de problème, dit-il en se grattant le crâne.  Va juste avertir le gars qui t'as empêché de prendre des photos comme quoi que t'as le droit pour qu'il le dise aux autres gars.

- Merci beaucoup, Stéphane!

Et toc.

un lutteur fier de lui.
Le présentateur criait dans le micro ''COME ON, HOOOOCHELAAAAG!''; la foule était en délire total.  Les gens se levaient de leur chaise pour mieux se faire entendre par les lutteurs, il y en a même qui les engueulaient franchement et les lutteurs leur répondaient: '' ah ouin? viens t'en donc te battre avec moé su'l ring, sti!''  Un beau mélange d'odeurs flottait dans la petite salle surchauffée: un beau mélange de crème hydratante Personnelle, de OFF, de sueur masculine et de guenille en boule restée mouillée trop longtemps.  Des adolescentes pré-pubères habillés en Ardène et des jeunes avec des casquettes à palettes droites passaient devant nous pour aller dehors fumer leur cigarette; la sale jeunesse.  Puis, un lutteur qui se faisaient descendre par l'audience a crié haut et fort en pointant une personne à quelques chaises de moi:

- Hey!  TOÉ!  Ton couvre feu est passé, r'tourne à l'hospice!!

J'ai regardé à qui il parlait: c'était une vieille dame d'environ 75 ans, cheveux bouclés blancs, lunettes de vue épaisses comme des fonds de bouteilles, assise sur sa chaise, le poing levé, criant des insanités.  Je ne pouvais pas croire que quelqu'un pouvait dire une chose pareille à une personne si âgée.... Cloé et moi étions totalement abasourdies.

Martin Rolland
Et puis là, pour le cinquième combat est arrivé le lutteur le plus gros que j'ai vu de toute ma vie; il devait peser environ 500 livres, il était tout sale et soufflait comme un boeuf juste à marcher autour du ring pour bien se montrer au public qui hurlait son nom.  Comme je n'arrivais pas à saisir son nom que la foule criait, je suis allée voir le présentateur et je lui ai demandé: c'était Martin Rolland, méchant nom de lutteur, ça.  Je l'aurais plus appellé FatMan ou BigBeef...  Et là est sorti des rideaux son rival: il devait peser environ 175 livres, était tout petit et j'avais peur pour lui.  Ils ont commencé à se battre et ça n'a pas pris grand temps qu'ils se sont ramassés hors du ring, et pas juste hors du ring, direct dans l'assistance, c'était la pagaille, les gens se bousculaient les uns les autres pour se tasser de leur chemin.  FatMan s'est mit à lancer chaise par dessus chaise sur son ennemi, il a même pris la poubelle pleine de rebuts de hot dogs et lui a versé sur la tête, avant de lui lancer la poubelle elle même.  

- Suce ta marde! Tu pues d'la raie! criait le public fou.

l'adversaire de Martin Rolland croulant
sous les chaises.
Cloé et moi, on avait peur, vraiment peur, son petit frère avait les yeux ronds comme les bedaines des femmes quadragénaires habillées en lycra trop petit.  Ça sentait la grosse violence gratuite, l'émeute menaçait d'éclater dans les deux prochaines minutes.  Puis la sécurité a crié à Martin Rolland d'arrêter de lui lancer des chaises (sa huitième environ) et tout s'est calmé.  Ils sont allés aider le pauvre petit à se sortir des chaises et l'ont traîné jusque derrière les rideaux; il avait l'air vraiment mal en point.  Celui là, je pense fortement qu'il s'était vraiment fait mal...

Tout un show, tout un show.
vraie ou fausse douleur?