lundi 11 avril 2011

semaine 49: chez Imago

Cette activité là, c'était noté dans mon calepin depuis le tout début de l'Affaire 52.  Mais comme pour moi un tattoo, c'est quelque chose que je dois y penser loooongtemps avant de le faire -et que ma maman m'a appris à réfléchir avant de faire une connerie (NOT)- j'ai passé les deux dernières années à me demander où je me ferais tatouer quoi.  J'avais l'idée d'un petit oiseau -plus précisément un cardinal- qui me trottait dans la tête depuis un long moment.  C'est parce que ma grand-maman s'appellait Yolande Cardinal et elle avait toujours du Canada Dry dans son frigo; donnes moi du Canada Dry et je te parle de ma grand mère (voilà une information complètement inutile dans l'histoire) et depuis qu'elle est morte, et encore plus depuis que je suis déménagée dans son/mon quartier, je vois des cardinaux partout, partout.  Pis ça flash ces oiseaux là, surtout les mâles (cré mâles avec leur plumage plus hawt), je les spotte de loin, et je reconnais leur chant aussi.  J'ai donc décidé de me faire tatouer un petit cardinal, parce que c'est cute et c'est un genre d'honneur à ma famille que j'aime, mais j'ai cherché, cherché, je n'ai pas trouvé de petit cardinal qui me plaisait assez pour l'avoir à vie sur ma peau, alors j'ai bifurqué vers la suite logique, une plume, pis ça fitte, j'trouve, une plume; j'adore écrire.  


le modèle
Il y a un an, j'ai décidé que oui, ça serait vraiment une plume, j'étais heureuse de mon choix.  Restait maintenant à trouver quelle plume, et où sur mon corps elle serait.  J'ai passé les dix mois suivants à chercher la dite plume; je l'ai trouvée, bêtement, sur Google, tout récemment en plus, après même être allée à la bibliothèque regarder dans les livres.  S'il y a quelqu'un qui sait c'est une plume de quel oiseau, j'aimerais bien le savoir...  Pour l'endroit, c'est clair que pour moi, je veux ça à un endroit où je ne peux pas le voir, comme sur mes bras, ou sur mon torse avant.  Ni sur les jambes, je veux les garder telles quelles parce que j'aime bien mes jambes; sur les fesses, il n'en est pas question, c'est juste grotesque; donc il reste le dos, la nuque, le cou.  Ça va peut-être changer un jour, mais c'est comme ça que je feel présentement.  Lecteurs assidus, on oublie pas que j'ai déjà un signe indien qui veut dire 'amour' en plein sur le tramp stamp (souvenir de mes 18 ans) et bon, de toute manière, si j'avais à retourner en arrière je le ferais tellement ailleurs qu'à cet endroit là, mais ce qui est fait est fait, et j'assume ben fort, sinon je serais très malheureuse.  La seule mince consolation que je peux avoir face à cet ignorance de jeunesse c'est que justement, ça veut dire 'amour' (j'avoue que j'ai passé à un cheveu de choisir le signe qui voulait dire 'argent' qui était très joli esthétiquement parlant... mais ma raison m'a dit "Mitche, 'argent', franchement, c'est pas beau", et aujourd'hui, c'est ma raison qui aime le plus l'argent et qui me fait travailler des semaines de 82 heures*.  Bref, passons.)  J'ai hésité longtemps entre derrière l'oreille, sur la nuque, ou alors sur une côte, légèrement à l'arrière... et j'ai décidé que ça serait pas loin de l'omoplate, mais très proche du bras.   J'étais prête.  




Mon pote Clifford Brown voulait depuis quelques mois participer à l'Affaire 52, et on avait prévu aller faire de la pêche sur glace ensemble (et avec plein d'autres gens qui voulaient principalement être dans une cabane à boire du Caribou maison) mais il a commencé à pleuvoir assez tôt dans l'hiver, puis ça gelait et ça refondait; bref, trop instable pour ça.  Mais j'ai bien l'intention d'y aller l'hiver prochain, j'me suis même trouvé une toque de poil parfaite pour une journée d'hiver à l'extérieur, peu avant mon carême de magasinage.  On a donc choisi d'aller se faire tatouer à la place, moi je voulais vraiment, là, j'étais prête, et ça tombait bien parce que Clifford devait colorer son calmar qu'il a sur l'avant-bras.  On est allés voir son cousin Hughes, qui travaille chez Imago, sur Prince-Arthur.  Quand je suis arrivée, y'avait deux filles dehors assises sur la fontaine qui barrissaient des chansons avec une guitare et franchement, je plaignais les gens qui profitaient des terrasses fraîchement ouvertes.  J'ai passé quelques temps dans la salle d'attente du Imago pendant que Cliff se faisait tatouer, au deuxième étage, et je les entendais gueuler comme des perdues, ces deux pauvres connes, même avec tout le bruit du biiizzz biiizzz des aiguilles qui s'activaient dans l'autre pièce.  
Elles ne chantaient même pas bien, pas en même temps ni avec les même paroles et se regardaient en faisant des petits moves de main qui suivaient le ton de leur voix fausse.  Pénible à souhait.  J'ai feuilleté les livres de tattoos j'en ai trouvé mille et un que je ne ferais jamais sur mon corps, et j'ai écouté un tatoueur dont le nom m'échappe parler de son travail, et c'était franchement passionnant: il expliquait à une fille c'était quoi ses approches, pourquoi il avait fait tel tattoo de telle manière, les techniques utilisées, et j'ai réalisé à quel point c'est un très grand art, être tatoueur.  Faut avoir confiance en toi-même exposant dix; qui tu es comme personne autant que comme artiste, en ton talent, tes mains, faut que les gens te fassent confiance; et tes oeuvres sont mieux d'être satisfaisantes parce que c'est là pour un gros criss de boutte sur le corps des gens.  Je respecte beaucoup les tatoueurs.  Les bons, en tout cas.


J'ai demandé à plusieurs tatoueurs c'était quoi leur cheminement, s'ils avaient étudié en arts ou quelque chose dans le genre, et la plupart ont appris le métier sur le tas, mais tous sont bons en dessin indéniablement.  J'ai demandé à l'un d'eux si ça serait bien d'avoir une école de tatoueurs, et il m'a répondu:


- Ben non!  Ça ferait comme les humoristes, y'en aurait trop et trop de pas bons, aussi.  Faut que ça reste comme ça, tu l'as ou tu l'as pas en toi, tsé.




le commencement
Quand ç'a été mon tour, j'étais un peu stressée, ça fait quand même huit ans que je me suis fait tatouer pour la première fois, je ne me souviens pas de la douleur, et pis c'est pas la même douleur pour partout, en plus.  Oh, que c'est pas le fun. Oh que non.  C'est là que l'expression "faut souffrir pour être beau" prend tout son sens.  Y'avait des moments que j'avais juste envie de gueuler ma vie, ou ben de lui dire "ok, arrête, là, j'suis pu capable" mais j'ai serré les dents, pris de grandes respirations, mordu un peu mon bras et essayé de penser à n'importe quoi d'autre d'assez puissant pour me faire oublier mon corps.  Je comprends pas le monde qui se font tatouer tout partout, c'est pas le fun cinq aiguilles qui vont et viennent dans ta peau; je ne suis pas masochiste pantoute, faut croire.  


J'hésitais entre le faire à droite ou à gauche, mais comme je sais pas pourquoi je préfère mon profil gauche, j'avais peur que si je le faisais à gauche, je m'écoeure de voir ma plume trop vite, alors après consultation avec mes amies, je l'ai fait du côté droit.  Ma maman aurait préféré que je n'en fasse pas pantoute, mais je voulais bon, je trouve ça joli des tattoos, c'est comme les cicatrices; c'est des souvenirs, bons ou mauvais, qui sont là juste pour toi, c'est beau, ta vie écrite sur ton corps.  
Hughes au travail


- Euh, ton sein sort, m'a dit Hughes.


- J'men kaliss, j'ai MAL.  Pis de toute manière ça serait pas la première fois que quelqu'un voit mes boules dans mes activités 52, j'ai dit, les larmes aux yeux/le maquillage tout croche.


l'artiste et son oeuvre
En quarante-cinq minutes, une heure, c'était terminé.  Une heure plus tard, j'étais à la job en train de regarder des Roumains danser en rond -et à jouer avec un arc en plastique avec Sam- avec mon pansement-sac-de-poubelle (ç'a l'air de ça) dans le dos, et j'avais mal.  Je pense que c'était une douleur plus psychologique que physique parce que Hughes m'a dit avant que je parte que "un tattoo c'est comme une plaie ouverte, tu y touches pas, surtout pas avec des mains sales de bar plein de bactéries".  Ça m'a fait imaginer des choses pas belles et j'ai eu peur, donc mal, et je l'ai bien nettoyé comme il est écrit sur la petite feuille d'instructions quand je suis revenue chez moi.  Le lendemain, c'était pas si pire, petite douleur constante, comme le coup de soleil que j'avais pogné sur le cul à Cuba qui m'empêchait d'être assise.  


KUDOS à Hughes, j'ai un miroir juste là et je le regarde et il est franchement bien réussi.  L'endroit, l'angle, les couleurs, les dégradés, le contour, tout est parfait.  Énorme merci! Je lui ai d'ailleurs donné un gros tip, il m'a dit que c'était trop et moi je lui ai dit "tu viens de me marquer à vie, tu le mérites" et je le pense vraiment.  Je suis bien contente d'être tombée sur lui, merci la vie.  J'ai hâte de voir mon tattoo et ses couleurs dans un mois, quand il aura complètement guéri...


Maintenant, quand je vais regarder ma plume, je vais penser à plein de choses: ma famille, tout ce que je viens d'écrire ici, et tout ce que j'ai vécu pendant ma première année 52.  C'est beau!  


*J'avais dit y'a deux semaines que j'avais pris une job pour mon blogue, et j'ai pas pu y aller, faute de manque de temps, et c'est normal avec une semaine de 82 heures.  C'était figurante dans le prochain film de Xavier Dolan (Laurence Anyways), ha ha.  J'aurais été une dame dans un bal dans les années 90; je suis même allée essayer mon costume pis toute.  Ma robe aurait été longue et en velours vert, avec une craque tout le long de la cuisse à l'avant, des souliers en plastique flashy style miroir et un collier en platique/métal cheap argent qui ressemblait à un choker.  C'était vraiment laid.  Mais j'ai eu trois contrats de traiteur en trois jours (lire ici nourrir 104 personnes en tout), quatre soirées au bar -et tout ça les même journées, évidemment-  bref, j'ai rushé un peu, et j'ai dû abandonner mon idée d'aller porter une robe laide dans un film qui parle d'un mec qui veut devenir une femme.  Plate, hein?  C'est la vie. ;)


p.s. j'sais ben qu'en français on dit 'tatouage' mais ça me tentait pas bon.


Cette semaine sur 33mag, je continue avec mon Manuel du Parfait Client, volume 2: comment commander comme un King, Chapitre 1 (trop de stock à dire!).
Ça va devenir une référence, je le sens.  Merci à tous ceux qui m'écrivent leurs commentaires/expériences sur mon email, mitche_d@hotmail.com....