mardi 15 juin 2010

semaine 12: le café philosophique

Je vous dois mes plus plates excuses. J’ai encore dû oublier mon Affaire 52 pour une semaine à cause de mon traiteur qui s’en vient de plus en plus populaire (www.micheledtraiteur.com. (moi, je sais comment faire une bonne plug subtile et une parenthèse dans la parenthèse)), je vous jure, le mois de juin est mieux que le mois de décembre.  Mais comme je n’avais qu'une ou deux heures pour mon activité de cette semaine justement à cause de mes nombreux contrats, j’en ai choisi une qui ne demande pas trop de temps, ce n’est pas l’activité du siècle, mais je n’avais vraiment pas de temps…

Je marchais sur la rue Beaubien quelques jours plus tôt avec mon copain en direction de mon déjeuner lorsqu’une affiche verte lime a attirée mon attention; « café philosophique, ce jeudi soir à19h, avec pour thème : qu’est-ce que le destin? au resto bar La Petite Marche ».  Et toc! je me suis dit, la voilà mon activité courte. 

Je dois vous mettre au courant que je suis une personne qui ne comprend pas vraiment la philosophie.  Je n’ai même pas fait mes cours de philo du cégep, ayant abandonné mon cours de céramique après un an et demi pour me chercher un peu.  En fait, je mens, j’en ai fait un, le premier, que j’ai d’ailleurs coulé avec brio, et pour cette raison je n’ai jamais voulu le reprendre à la deuxième session, et j’ai lâché à la troisième peut-être un peu à cause du cours de philo.  Je ne comprends pas l’idée d’avoir une discussion avec quelqu’un dans le but d’utiliser le plus de mots… comment dire, le plus de mots qu’on n’utilise pas normalement ensemble.  Le genre de mots amusants à connaître quand on joue au scrabble. Je suis quelqu’un d’assez simple, bref.  Pour moi, noir c’est noir et oui c’est oui.  Y’a pas de discussion à avoir là-dessus.  Et le destin, c’est un mot qui veut rien dire pour moi, à preuve : avant de m’y rendre j’ai décidé de jeter un coup d’œil dans le dictionnaire; et voici la définition de destin : ‘puissance souveraine considérée comme réglant d’avance tout ce qui doit être’.  Et ma petite voix m’a dit d’aller regarder la définition de hasard, la voici : ‘concours de circonstances inattendu et inexplicable’.  Je suis de ces gens qui préfèrent utiliser le mot hasard et prendre un ton à la Jojo Savard quand je parle de destin

Je me dis qu’il ne doit pas y avoir grand monde à ces soirées, alors j’ai l’idée d’arriver en retard pour ne pas avoir à faire de conversation avec quiconque, et ç’a marché, quand je suis arrivée, la madame parlait et… une vingtaine de personnes l’écoutaient!  Étonnée, j’ai donné mon nom à une des deux filles de l’entrée qui me le demandait; j’ai dit Valérie, elle l’a noté et c’était tout.  Je me demande bien ce qu’elle peut faire avec une liste de prénoms sans même demander de emails ou de numéros de téléphone.  La salle située au sous-sol était presque pleine alors j’ai dû m’asseoir dans un tout petit espace entre un gars et les deux filles de l’entrée; elles étaient juste à ma droite, tellement proches que celle à mes côtés pouvait lire absolument tout ce que j’écrivais, et je n’écris pas juste des gentillesses...  Oui, je prends des notes quand je fais des activités, parce que parfois je n’ai pas le temps d’écrire le texte tout de suite après avoir fait l’activité et la mémoire est une faculté qui oublie.  Au moins, tout le monde prenaient des notes alors je n’avais pas l’air trop conne.  Je regarde autour de moi; la salle est composée de gens assez jeunes, de 18 à 35 ans environ, et tous écoutent avidement ce que la madame raconte :

-          D’où venons nous? Où allons nous?  Est-ce que l’humanité va se transformer?

Oh my god, on part de loin.  Je pars dans mes pensées immédiatement.  Pourquoi se poser de telles questions?  À quoi ça sert?  La fille assise en avant de moi rigole avec son amie; elles s’échangent des petits messages et passent leur temps à dessiner.  Le gars à ma gauche rigole aussi quand elles rigolent, pourtant je suis à la même hauteur et je n’entends pas ce qu’elles se disent…  J’ai carrément l’impression d’être de retour au secondaire, et je n’aime du tout cette impression.  Je me dis que je dois écouter la madame un peu, après tout, c’est ça mon activité :

-          L’animal n’est pas que l’instinct, non, il a des émotions, comme nous… le conflit n’est pas humain…

Ah, franchement.  Dire que j’ai donné 5$ volontairement dans la petite boite en arrivant, j’aurais dû mettre mon petit change à la place.  Maintenant tout ce que je remarque c’est la madame de dos assise entre moi et la 'philosophe' : elle porte une brassière quelques tailles trop petites -ce qui lui occasionne quelques bourrelets que je fixe, et je commence à divaguer  en pensant au fait que la plupart des femmes ne savent pas s’acheter un soutien-gorge confortable et de bonne taille, et ensuite que moi aussi je devrais aller m’acheter de nouvelles brassières parce que les miennes sont vieilles, et de nouvelles ballerines noires parce que celles que je préfère commencent à faire des trous...  Puis une fille lève la main et me sort de mes pensées en posant une question :

-          Vous avez dit qu’on peut contrôler notre destin, mais que faites vous des femmes dans certains pays qui sont obligées de se marier avec tel homme parce que c’est arrangé depuis leur naissance?  Elles ne l’ont certainement pas choisi… et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, je veux dire…

C’est bon ça, je me mets à écouter la réponse du prof qui l’interrompt avant même qu’elle aie terminé son commentaire.

-          Si elles sont là, c’est leur choix, nous ne sommes pas obligés d’accepter.  Elles peuvent décider de partir, tout simplement.  Je ne suis pas capable de changer la température par exemple, ça, je ne choisis pas.  Mais je peux choisir de manger ou non de la viande, par exemple, je peux choisir de me marier ou non.

Merde, ce n’est pas une philosophe, c’est une dictatrice de pensées!  Ou pire encore, une simple conne qui porte des oeillères et qui malheureusement a une voix.  Comme si la fillette de 5 ans qui se fait transporter par sa grand-mère dans un désert se faire charcuter le vagin par un morceau de canne de thon pouvait dire ‘ah non, grand-maman, je ne veux pas, allons cueillir des fleurs à la place, c’est mon choix’ ou comme si la fillette de 8 ans qui tombe dans la prostitution juvénile avait fait ce choix là en se disant ‘mais quelle belle carrière j’entreprends!’.

Connasse.  J’écoute encore ce qu’elle radote :

-          …comme ceux qui suivent la mode avidement n’ont pas d’identité propre.  L’ego, c’est l’apparence, l’ego c’est la personnalité, l’ego rêve du pop-corn et du cinéma!!! elle s’emporte.

Mais de quoi elle parle?  Pour moi, elle a dit deux énormités : y’a juste quelqu’un qui s’habille tout croche pour dire que ceux qui suivent la mode n’ont pas d’identité, et l’ego, c’est surtout l’orgueil, pas l'apparence… Elle raconte tellement de niaiseries que je décide de prendre en note les mots vides de sens qu’elle met bout à bout, et voilà ce que ça donne : référentiel, prorogation, maniérisme, réceptacle, finalité, Aristote, protestable, expérimentation, tributaire, lois de la nature, entité.  Tout ça en moins de trois minutes, j’ai regardé l’heure sur mon cellulaire.  Elle faisait le genre de phrase qu’après deux virgules tu as oublié de quoi tu parlais au départ.  Une autre personne a posé une question mais lui aussi parlait le langage du philosophe et j’ai pas écouté.  Ça faisait 45 minutes que j’étais là et déjà je n’en pouvais plus; je préparais secrètement ma sortie dans ma tête, l’espace entre ma table et celle des filles de l’entrée était très mince et j’aurais à viser juste en sortant de là sinon ça aurait fait du bruit et j’aurais dû dire ‘oups pardon, pardon’. J’ai donc inspiré profondément et j’ai réussi à tourner le dos aux deux filles de l’entrée pour sortir sans encombres, mais j’ai eu le malheur de croiser le regard piteux d’une des deux filles et j’ai arrêté mon mouvement.

-          Tu t’en va déjà? m’a-t-elle chuchoté avec tristesse en me tendant deux pamphlets.

-          Euh, oui, euh travail, euh, parcomètre, euh , pu d’argent, euh.

J’ai esquivé un maigre sourire en imaginant que le mot ‘menteuse’ venait de s’écrire sur mon front, et j’ai monté les escaliers en vitesse.  Merde, elle m’a pris au dépourvu là, je n’étais pas préparée à mentir à une fille qui semblait véritablement chagrinée de me voir partir.  J’ai regardé les pamphlets : « Connais-toi toi-même! 11 ateliers philosophiques.  (Entre autres ‘l’être humain : qui suis-je?’, ‘trouver SA place dans un monde superficiel’ ou ‘d’ venons-nous, allons-nous?’…) Être heureux dépend de toi! promotion pour les moins de 28 ans, 50% de réduction. Seulement 70$! Prix régulier : 140$. www.acropole.ca/philo »  (commentaires de mon copain qui regarde les pamphlets : ‘ah ouin, le genre de vieille conne qui est même pas foutu de se faire engager au cégep comme prof de philo… voilà ce qu’elle a trouvé pour se faire du cash. ‘philosophie à la manière classique’ lit-il sous le titre du pamphlet, comme si dans le temps de Socrate, ils demandaient 140 piastres pour jaser…’)


Oui, mais, tout ça, c’est du domaine du subjectif!

p.s. désolée pour le pas-de-photos.... j'me voyais mal me lever pour prendre la salle en photo! :P